Politique nationale sur le profilage raciale
Modératrice
Anila Umar
Membre du groupe d'experts
Steven Morris, directeur, Centre Metropolis de Toronto, Liaison, CERISMichèle Turrene, avocate, Commission des droits de la personne du QuébecMohamed Boudjenane, directeur général, Fédération canado-arabe
L'histoire du profilage racial au Canada, l'Avant -11 septembre et l'Après 11 septembre et l'argument sécuritaire
Anila Umar
Membre du groupe d'experts
Steven Morris, directeur, Centre Metropolis de Toronto, Liaison, CERISMichèle Turrene, avocate, Commission des droits de la personne du QuébecMohamed Boudjenane, directeur général, Fédération canado-arabe
Contexte du dialogue
Le profilage racial demeure un volet particulier de la lutte contre le racisme au Canada; il se pratique dans de nombreux secteurs, notamment la sécurité frontalière, la sécurité privée, l'éducation et les services gouvernementaux, pour n'en nommer que quelques-uns. Bien que certains groupes, comme les Canadiens d'origine africaine, aient depuis longtemps exprimé leurs préoccupations sur la fréquence du profilage racial et sur ses manifestations et ses répercussions tant au niveau individuel que collectif, ce n'est qu'à la suite de la tragédie du 11 septembre et de la victimisation des Arabes et des Musulmans qui en a résulté que le public a pris conscience de l'importance du ciblage des groupes religieux et raciaux et de l'impact de cette pratique sur leurs droits démocratiques.
Tout récemment, des institutions publiques ont commencé à reconnaître le profilage racial en tant que réalité et problème. Dans de nombreux cas, toutefois, la reconnaissance de l'existence du problème n'a pas conduit à l'élaboration et à la mise en œuvre de mesures concrètes visant à prévenir et à éliminer le profilage racial en tant que problème systémique, non plus qu'au développement de politiques interdisant cette pratique.
Dialogue sur le profilage racial
Questions clés
L'histoire du profilage racial au Canada, l'Avant -11 septembre et l'Après 11 septembre et l'argument sécuritaire
- Depuis les événements du 11 septembre, le profilage racial, qui a toujours existé au Canada et fait partie de notre histoire nationale, a changé de façon spectaculaire quant à sa nature et à ses cibles. Le profilage racial au Canada était pratiqué bien avant le 11 septembre, comme le montrent l'existence de la loi sur les Indiens et l'internement des Canadiens d'origine japonaise durant la Seconde Guerre Mondiale.
- L'opinion publique accepte l'argument sécuritaire et la façon négative dont certains médias et publications décrivent des groupes soi disant composés d'" extrémistes ", de " sauvages " ou de " martyrs ". Ce phénomène souligne une fois de plus le besoin d'élaborer et de mettre en œuvre un plan d'éducation extensif sur le profilage racial. Ce plan doit principalement viser les responsables des politiques et le grand public.
L'incidence des politiques américaines et européenes sur les politiques canadiennes
- Comme nous avons pu le constater après les événements du 11 septembre, la réaction populaire et la politique gouvernementale américaines ont eu une incidence importante sur la politique et sur les mesures internes du Canada, notamment en matière de sécurité et en ce qui a trait au profilage racial.
- Le dossier Darguste illustre bien ce phénomène. Darguste s'est, en effet, vu refuser le droit de suivre une formation en pilotage d'hélicoptère au Canada en raison d'une politique américaine visant les immigrants de certains pays.
- La France a notamment qualifié de " criminels " les actes de discrimination raciale et de profilage racial contrairement à l'approche canadienne qui ne voit en eux que des incidents de nature civile.
- Ces exemples soulignent la nécessité de sensibiliser davantage les responsables de politiques canadiens et de mettre l'accent sur toutes les possibilités de formation entre le Canada et les autres pays.
- L'existence du profilage racial et de ses incidences négatives est indéniable, tant en milieu de travail qu'aux endroits d'intégration communautaire où des services de sécurité ou de police sont nécessaires.
- La façon dont ces politiques ont été et sont appliquées nuit aux communautés minoritaires en perpétuant des stéréotypes très répandus et en élargissant l'écart qui sépare les communautés minoritaires des communautés majoritaires.
- L'éducation du public, la sensibilisation culturelle et l'élaboration ainsi que la mise en œuvre de politiques claires et cohérentes visant à renseigner les agents de sécurité, les législateurs et le grand public sur le problème du profilage racial ainsi qu'à modifier leur comportement à cet égard sont nécessaires.
L'importance des données d'expérience et empiriques pour comprendre et combattre le profilage racial
- Bien que l'on reconnaissance l'importance et l' " impact " des éléments de preuve individuels relativement au profilage racial tel qu'il se pratique au Canada, la collecte de preuves empiriques n'en demeure pas moins essentielle.
- Plusieurs institutions et organismes publics (p. ex. les services de police, le secteur de l'éducation, les agences de sécurité frontalière) sont peu enclins à recueillir les données fondées sur la race : ils craignent d'être perçus comme racistes par le public s'ils le font. La collecte de ces données est pourtant essentielle à la compréhension du profilage racial et à l'établissement de stratégies de lutte contre ce problème.
- C'est uniquement par un examen critique, notamment l'auto-examen, de ces organismes publics et leurs explications que l'on peut obtenir les preuves empiriques sur la nature du profilage racial, éléments qui sont de première importance.



